Les briqueteries

Rocquigny en connut trois à proximité du cœur du village, la plus ancienne étant la briqueterie Delangre, puis Petit et enfin celle d'Ernest Legros qui fonctionna de 1899 à 1936. Il n'en reste actuellement que quelques hangars et la minière où on extrayait l'argile.


Extrait de « Terres Ardennaises » n°17 de décembre 1986 - D'après l'article de Monsieur Octave Pocquet :


« L'argile était exploitée à ciel ouvert du fait que l'argile se présentait par affleurement. La terre argileuse ne peut pas être mise en œuvre aussitôt après son extraction. Elle renferme des corps étrangers dont il faut la purger (pierre, cailloux, silex...). On la laissait exposée aux intempéries pendant plusieurs mois ; pour les briques de qualité, la meilleure était celle extraite de la minière en automne. L'argile était ensuite déposée dans des fosses sur une épaisseur de 50 cm, on y rajoutait de l'eau : c'est le trempage, indispensable pour pouvoir mouler les briques à la main, mais devenue inutile avec le moulage mécanique.
L'opération suivante consiste à la pétrir : c'est le corroyage. Autrefois, il se faisait avec les pieds : un ouvrier pataugeait dans la fosse, pendant qu'un autre ajoutait du sable pour rendre la pâte moins collante.

Cette pratique ancestrale fut assez vite remplacée par un malaxeur actionné par un cheval.
Les briques moulées à la main sont mises à sécher sous un hangar. Ce n'est qu'une fois sèches à point qu'elles seront cuites.  

Le moulage mécanique, plus rapide, permettait d'utiliser l'argile telle qu'elle sortait de la minière. Plus besoin d'eau, de sable, temps de séchage réduit, et donc campagne de fabrication écourtée puisqu'elle ne dura plus que de mars à octobre.
La cuisson des briques était confiée à des ouvriers spécialistes venus de la région de Cambrai."

La briqueterie Legros

A gauche, les hangars de séchage

                         A droite, le four.

Cette photo date du début du 20ème siècle. On remarquera que pour exécuter le travail pénible de la fabrication des briques, la main d'œuvre était composée d'hommes et de femmes. Le poste d'enfourneur n'était pas plus enviable : chaleur, poussière de charbon étaient son quotidien.

Le four était établi sur une partie unie du terrain de la briqueterie sur une fondation de briques cuites. Elle occupait une surface de 6 m sur 6 m environ. A la base de cette fondation, étaient ménagés, de place en place, des créneaux débouchant sur des conduits faisant office de tunnel, traversant le four de part en part, dans lesquels on bourrait le bois d'allumage.

Le combustible était de la houille maigre à flamme courte, écrasée sous forme de poussier. Elle pénétrait dans les interstices séparant les briques pour en assurer une cuisson régulière.

Sur la base de briques cuites, les briquetiers disposent une rangée de briques crues, puis par-dessus celle-ci une autre rangée disposée en travers de la première, en laissant entre chaque brique un petit espace pour laisser pénétrer la houille. Et ainsi de suite, jusqu'à atteindre une hauteur de 5 m où vont cuire 15 000 briques.
La cuisson va durer environ 10 jours et le refroidissement du four 15 jours à 3 semaines. Ce sont les enfourneurs qui arrangent les briques. Chaque journée des enfourneurs se termine par le crépi de tout le parement, c'est-à-dire tout le pourtour du four de bas en haut avec un mortier composé d'argile et de sable, afin d'éviter les déperditions de chaleur.
Il était essentiel que le cuiseur ait une grande expérience de la conduite du feu : les moindres inattentions ou défauts de jugement pouvaient faire manquer l'opération. »